Debout comme Rilke. Couché comme Proust. Assis comme Nietzsche, c’est toujours la même question : comment est-ce que je place mon corps pour que mon esprit s’exprime ?

CORPS ET ÂME

La Croix Le Journal

Texte complet

Véronique Olmi
Ecrivain

Dans cette chronique, Véronique Olmi se penche sur l’harmonie indispensable entre notre âme et notre corps.

Véronique Olmi, le 27/12/2021

Il est tôt ce matin-là, lorsque, allumant la radio, j’entends parler une peintre que je ne connais pas : Anne Pesce. Elle dit que tous les jours, à 5 heures et quart (précisément l’heure à laquelle elle parle ce jour-là sur France Inter), elle part pédaler sur le col de Vence, environ 30 km pour deux heures d’efforts physiques : « Une ascèse méditative spirituelle pour l’élaboration de ma peinture, dit-elle, un moment répétitif, ritualisé, pour lequel je me mets en méditation de recevoir sur la surface de mon corps tous les phénomènes atmosphériques et météorologiques. Ensuite quand je rentre dans mon atelier, je reconvoque toutes ces sensations et j’en cherche les gestes picturaux. »

J’imagine cette femme, dans les dernières heures de la nuit, son visage, que je ne connais pas, son corps, dans le froid, la montagne déserte, les cris des animaux, le chant des premiers oiseaux, cette façon de contraindre son corps pour libérer son esprit, cette confrontation et cette acceptation de la nature encore hostile, secrète, avant le geste créatif. C’est une ascèse, oui, une façon d’offrir aux éléments sa vulnérabilité, et aussi, d’en faire partie. Être là. Dans une présence difficile, une participation respectueuse au monde, pour redonner ensuite, dans l’expression picturale, ce qui a été reçu.

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